Le marché du crédit en France traverse une séquence réglementaire dense. Entre une réforme du crédit à la consommation qui entre en vigueur le 20 novembre 2026, des normes HCSF inchangées sur l’immobilier et des encours qui restent à des niveaux élevés, les données récentes dessinent un paysage contrasté selon le type de financement.
Crédit en France : un marché sous tension entre stabilité des taux et cadre réglementaire renforcé
Le marché du crédit aux particuliers en France reste marqué par un volume d’encours considérable, porté à la fois par le crédit immobilier et par le crédit à la consommation. La production mensuelle de crédits à l’habitat poursuit une trajectoire de stabilisation depuis le début de l’année 2025, sans accélération notable.
Les taux moyens des nouveaux crédits immobiliers ont amorcé un repli par rapport aux niveaux les plus élevés observés début 2024, mais ils demeurent nettement supérieurs à ceux d’avant 2022. Cette situation maintient une forme de sélectivité dans l’accès au financement, en particulier pour les primo-accédants dont le taux d’effort se rapproche vite du plafond réglementaire.
Côté crédit à la consommation, les encours restent bien orientés. La dynamique est soutenue par la diversification des canaux de distribution, notamment le paiement fractionné en ligne, dont l’encadrement réglementaire constitue l’un des changements majeurs à venir.
Les actualités du site crédit-infos.fr compilent régulièrement ces indicateurs pour suivre l’évolution mois par mois.

Réforme du crédit à la consommation au 20 novembre 2026 : ce qui change concrètement
L’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, complétée par le décret n° 2026-719 du 1er août 2026, redéfinit le périmètre du crédit à la consommation. Le texte entre en application le 20 novembre 2026.
Élargissement du champ d’application
Plusieurs produits financiers jusque-là partiellement ou totalement exclus du régime protecteur vont y être intégrés. La réforme concerne :
- Les mini-crédits de moins de 200 euros, qui échappaient jusqu’ici aux obligations d’information précontractuelle complètes
- Les paiements fractionnés ou différés (buy now pay later), désormais soumis aux mêmes règles que les crédits classiques
- Les crédits dont le montant peut atteindre 100 000 euros, contre un plafond plus bas auparavant
- Certaines locations avec option d’achat (LOA), qui entrent dans le cadre du crédit à la consommation
Ce changement de périmètre a un impact direct sur les fintech spécialisées dans le paiement fractionné. Ces entreprises devront se conformer à des obligations de vérification de solvabilité et d’information qu’elles ne supportaient pas toutes jusqu’à présent.
Traçabilité de l’évaluation de solvabilité
Le décret n° 2026-719 du 1er août 2026 impose une obligation opérationnelle durable : chaque évaluation de solvabilité devra être documentée et conservée. Le prêteur ne pourra plus se contenter d’une vérification sommaire. Cette traçabilité constitue un changement de doctrine, car elle transforme l’évaluation de solvabilité en pièce opposable en cas de litige.
Nouvelles obligations pour les courtiers et intermédiaires
Les intermédiaires de crédit voient leur responsabilité élargie par la réforme. Quatre axes se dégagent :
- Un devoir légal de mise en garde, qui formalise ce que la jurisprudence imposait déjà partiellement
- Des obligations d’information générale renforcées avant la signature du contrat
- Des exigences de compétence plus strictes pour les personnels en contact avec les emprunteurs
- L’ouverture d’un service de conseil réglementé dans le crédit à la consommation, qui distingue la recommandation personnalisée de la simple intermédiation
Ce volet responsabilise l’ensemble de la chaîne de distribution, pas uniquement l’établissement prêteur.
Crédit immobilier : pourquoi les normes HCSF restent verrouillées
Le Haut Conseil de stabilité financière maintient deux paramètres qui structurent l’accès au crédit immobilier en France : un taux d’effort plafonné à 35 % des revenus et une durée maximale d’emprunt de 25 ans.
Une proposition d’assouplissement de ces règles aurait été retirée fin avril 2026, selon plusieurs sources du secteur. Le HCSF considère que ces garde-fous protègent les ménages contre le surendettement dans un contexte où les taux restent supérieurs à leur niveau d’avant 2022.
La production mensuelle de crédits à l’habitat montre des signes de stabilisation depuis le début de l’année 2025. Le marché immobilier ne connaît pas de reprise franche, mais il ne se contracte plus non plus. Cette phase de plateau reflète un équilibre fragile entre des taux qui ont cessé de monter et des prix de l’immobilier qui tardent à s’ajuster dans de nombreuses agglomérations.

Paiement fractionné et fintech : le secteur face à la mise en conformité
L’intégration du paiement fractionné dans le régime du crédit à la consommation représente un tournant pour les acteurs du secteur. Jusqu’ici, proposer un paiement en trois ou quatre fois sans frais ne déclenchait pas systématiquement les obligations liées au crédit.
À partir du 20 novembre 2026, les entreprises qui proposent ces services devront appliquer les mêmes procédures que les établissements de crédit traditionnels : vérification de solvabilité documentée, information précontractuelle normalisée, droit de rétractation.
Pour les fintech et les plateformes de paiement, la charge de conformité augmente significativement. Les modèles économiques fondés sur la rapidité d’octroi et la légèreté du processus devront intégrer des étapes supplémentaires. Certains acteurs pourraient choisir de limiter leur offre aux montants les plus faibles ou de nouer des partenariats avec des banques disposant déjà de l’infrastructure réglementaire.
Le marché du crédit en France se reconfigure autour de deux dynamiques parallèles. Le crédit immobilier reste encadré par des normes stables, avec une production qui ne décolle pas franchement. Le crédit à la consommation, lui, absorbe un choc réglementaire majeur qui redéfinit ses frontières. La date du 20 novembre 2026 marquera le véritable test de cette nouvelle architecture.



